Gravités symbo­liques

Au-delà de son importance pratique, le soleil est pourvoyeur de sens. Sa présence récurrente et plurielle dans de nombreuses mythologies, religions, traditions et cultures populaires témoigne de sa transcendance.

Le corps céleste a été vénéré en tant que source para­doxale de pouvoir, d’éga­lité, de régé­né­ra­tion et d’unité. Il a été reven­diqué – jusqu’à deve­nir noir et dotés de douze rayons – par les diri­geants de nombreux empires comme emblème poli­tique de légi­ti­ma­tion et base de pouvoir incon­testé. Cette descen­dance divine leur procure, aux yeux de tou·tes, ébloui·es, une puis­sance infi­nie.

À l’in­verse, il incarne l’éga­lité dans de nombreuses utopies : n’a-t-on pas chacun·e notre place au soleil ? Augu­rant de lende­mains qui chantent, il est souvent loué par diffé­rents acteur·­trices enga­gé·es dans des mouve­ments de résis­tance à l’op­pres­sion. La rela­tion symbo­lique entre le soleil et le pouvoir conti­nue d’exis­ter aujour­d’hui. Les mouve­ments poli­tiques de tous bords intègrent couram­ment le soleil dans leurs noms et leurs slogans pour suggé­rer le chan­ge­ment, le progrès, l’op­ti­misme, la fiabi­lité, le renou­veau, la renais­sance, l’uni­ver­sa­lité ou la pureté. Ce symbo­lisme solaire semble s’être cris­tal­lisé dans le monde occi­den­tal de la Renais­sance et des Lumières sous la forme d’un dualisme construit avec la lune – mascu­lin / fémi­nin, lumières / ténèbres, raison / croyance, etc. –, si bien qu’avec la moder­nité posi­ti­viste et les révo­lu­tions indus­trielles du XIXe siècle, il se trouve asso­cié à la puis­sance tech­no­lo­gique. Jusqu’à imagi­ner aujour­d’hui qu’on puisse, grâce à elle, vivre sans lui.